Archives de Tag: société

Les forums religieux ont-ils encore de l’intérêt ?

2 mai

Article de Raphaël Haas

Exclusivité Minerve

Chaque conviction religieuse possède au moins un forum; pour certaines, il y en a même une pléthore. Après en avoir parcouru quelques-uns, je me suis posé cette question : les forums religieux ont-ils encore de l’intérêt ? Pourquoi ? (Lire la suite…)

Non, le multiculturalisme a réussi

1 avr

Article de Laurent Chambon

(édition princeps sur Minorités)

Ces dernières semaines, plusieurs chefs d’État européens ont déclaré, les uns à la suite des autres, que la « société multiculturelle » avait échoué. Les Anglais ont commencé, suivi par les Allemands. Maintenant que notre très cher Président a décidé de suivre cette étrange mode, je pense qu’il est temps de mettre les choses au point. (Lire la suite…)

L’extrême-droite en France – une solution par défaut?

13 mar

Article de Renaud Mercier et Nicolas Jacoup

De la crise des matières premières aux révoltes de pays arabes en passant par le récent tremblement de terre qui vient de dévaster le nord-est du Japon, frappant l’une des plus puissantes économies en plein coeur, le monde prend une tournure inédite et nous invite à faire le deuil d’un passé qui nous pensions naguère durable. Mais tout changement génère naturellement la peur parce qu’il nécessite que nous nous adaptions à une nouvelle donne, et, partant, que nous relevions des défis.

(Lire la suite…)

Le métier d’écrivain évolue, les exigences du lecteur aussi

30 sept

Article de Grégory Hénique

(édition princeps ici)

    Préambule

– Je ne crois plus au métier d’écrivain tel qu’on l’entend aujourd’hui. Des “hommes de lettres”, c’est-à-dire des gens vivant de leur plume en publiant leurs romans par le biais d’une maison d’édition, certes il en existe encore, mais plus pour longtemps. Pourquoi ? Et pour quoi ? On va tenter rapidement d’aborder la question.

    Le papier : une matière totalement has-been

– Le papier est une matière finie. Nous vivons à l’ère du Cloud Computing, c’est-à-dire une époque dans laquelle vos documents, vos photos, votre vie, sont enregistrés sur des serveurs appartenant à de grandes compagnies un peu floues, un peu big brother, mais entre les mains desquelles toutes vos données privées reposeront tôt ou tard.

– Suivez mon regard Google, suivez mon regard Flickr.com, suivez mon regard Microsoft, et caetera et caetera. Même les Etats envisagent de proposer leurs propres serveurs.

– L’Ebook est une révolution qui n’a pas fait un assez grand buzz eu égard aux bouleversements que cette invention va entraîner dans notre avenir. Posséder une bibliothèque personnelle revenait cher, tout le monde n’avait pas les moyens de s’acheter des livres et tout le monde n’avait pas la place de les entreposer. Sans compter les inconvénients divers que le livre “papier” entraînait :

  1. impossibilité d’emporter une vingtaine de romans sous le bras dans les transports en commun,
  2. impossibilité de changer de roman en cours de lecture à moins d’avoir le courage de quitter son lit, changer de pièce et aller piocher dans sa bibliothèque, ou à moins d’aller à la bibliothèque du quartier mais là encore en pleine nuit c’était délicat :D ,
  3. dégradation du papier au fil du temps,
  4. feuilles déchirées,
  5. jaunissement,
  6. poussières,
  7. obligation de jeter 2/3 cartons de livres à chaque déménagement…

– Oubliez tout cela aujourd’hui. Personnellement j’ai fait un sérieux tri dans mes classiques pour ne plus garder que leur version numérique. Car aujourd’hui, il vous suffit de télécharger un livre au format numérique (ebook) : un fichier au format .epub, .pdf, .ce-que-vous-voulez-et-ce-que-reconnaît-votre-liseuse-numérique.

– Comme l’indique le lien ci-dessus, de nombreux sites permettent ce téléchargement. Certains sites proposent des ebooks gratuits (70 ans après la mort de l’auteur en France), d’autres sites proposent des ebooks payants car récents.

– Il ne vous reste qu’à brancher votre liseuse numérique à la prise USB de votre ordinateur et à les enregistrer. En général les liseuses sont dotées de multiples emplacements (cartes micro-SD, etc.), une carte de 16 GO permet de caser 13 000 romans en version numérique !

– Ma liseuse, la PRS-600 de Sony, se dirige un peu comme un Iphone au stylet et autorise la prise de notes si vous le souhaitez.

    Ecrivain : un métier également has-been

– Les maisons d’édition ont tué le métier. En sélectionnant ceux auxquels elles daignent accorder une chance de s’exprimer, en refusant de nombreux jeunes artistes, elle a obligé toute une génération désireuse de prendre la parole à chercher d’autres modes d’expression.

– Le blog, par exemple, parfois rémunérateur, est un bon moyen pour eux de publier leurs écrits. Certains sites également. L’ebook, enfin, en est un autre.

– L’écrivain dont on connaît l’image d’épinal, tirant ses revenus d’une maison d’édition à hauteur de 7 %, 8 % ou avec un peu de chance 9 % du prix de la vente d’un livre, s’efface au profit d’un auteur publiant directement ses écrits sur internet. Plus besoin d’intermédiaire : il n’y a qu’à soumettre son roman et attendre qu’un lecteur télécharge le fichier après s’être acquitté de la somme demandée.

    Prédiction : la forme-même du roman va évoluer

– Lorsque les moeurs auront changé dans le sens précité, la façon d’écrire des romans va automatiquement suivre la mode : plus de gros pavé non découpé en plusieurs petits chapitres, plus de roman à rallonge composé d’un millier de pages. Les lecteurs d’Ebooks seront plus volatiles : ils préfèreront des romans chapitrés à hauteur de 5/6 pages, le temps de lire durant 5 stations de métro, ils préfèreront également des séries de romans faisant chacun une soixantaine de pages, ceci afin de satisfaire leur curiosité, leur envie de picorer les écrits à droite et à gauche, leur désir de changer d’histoire presque tous les soirs.

– Les écrivains devront changer leurs habitudes. A mon avis c’est inévitable, nécessaire, et bénéfique pour tout le monde.

    Conclusion : est-ce la littérature ou nous-mêmes qui sommes en perte de vitesse dans notre pays ?

– La littérature est peut-être en perte de vitesse dans notre pays mais ce trait n’est pas propre à la France à mon avis. Les façons de lire sont en train d’évoluer. Aujourd’hui nous ne voulons plus (rapidité de l’information, proximité d’internet et des loisirs) et nous ne pouvons plus (financièrement) nous permettre d’acheter une bibliothèque entière de bouquins prenant la poussière sagement dans une pièce dédiée. Les jeunes n’en ont plus les moyens. Les romans ne paraissent plus par feuilletons dans les magazines. Le temps des Ebooks est là. Il faut que les auteurs acceptent de diffuser leurs oeuvres sur internet par un moyen virtuel sans quoi ils en mourront.

– Avoir 13000 oeuvres dans sa liseuse, allumer son Ebook le soir et se demander : “Tiens, quel grand classique ai-je envie de découvrir ce soir ?”, “Quel auteur vais-je lire ?”, avoir la possibilité de commencer Tolstoï : Guerre et Paix un soir et d’enchaîner avec Dostoïevski : Les Frères Karamazov le lendemain, le tout d’un seul clic, selon notre volonté, voilà l’avenir ! Evoluons !

– Le raisonnement est le même avec la langue française : à force de stagner et d’avoir peur de se transformer, elle risque d’en mourir en faveur d’une langue universelle (certainement l’anglais qui, par exemple en Allemagne, peut se substituer à la langue du pays pour les procédures pénales – voir l’article de Marianne 2 à ce sujet). N’ayons pas peur des jeunes !

Dawson College Massacre est un jeu-vidéo scandaleux, mais ce n’est pas le dernier

29 sept

Article de Laurent Marcoux

(édition princeps ici)

Dawson College Massacre est un jeu-vidéo en ligne disponible sur le site Newgrounds. Si j’en parle, c’est que ça me dérange et parce que je me dis que de nombreux jeux anodins ne profiteront jamais d’une telle visibilité parce qu’ils ne sont pas assez provocateurs. Aussi, je prédis une hausse de ce genre de jeux éthiquement douteux d’ici les prochaines années, d’autant plus que la tendance globale indique une proportion non-négligeable de jeux-vidéos violents, gore et réalistes ayant un grand succès.

Une provocation qui crée le buzz

Un scandale annoncé. Une plateforme de jeux-vidéos en ligne accessible gratuitement qui captive déjà l’intérêt des joueurs. Une plaie non-cicatrisée: celle de la fusillade au collège Dawson. Un engouement médiatique prévisible:

Le jeu avait tout les éléments pour créer le bouche-à-oreille très rapidement.

Un message perdu dans le médium ou pas

Ce jeu est bien entendu fortement inspiré d’un autre jeu, issu d’une autre tuerie dans une école, à mon sens beaucoup plus intéressant d’un point de vue anthropologique, et tout aussi scandaleux, Super Columbine Massacre RPG que je considère comme une forme d’art avant-gardiste contemporaine, brutale et pertinente en raison de sa fin moralisatrice, mais bien entendu dérangeante. À ce propos, voici les intentions de l’auteur de ce jeu:

Mot de la fin

Je suis scandalisé et ça en prend beaucoup pour me scandaliser. Je pense aussi qu’on n’a pas fini d’entendre parler de ce genre de jeux qui mettent en scène la violence en faisant référence à des faits réels. Il serat utile d’ajouter une mention « 18 ans et plus » ou « Rated R » pour ce genre de jeu. Ce seait un minimum.

Je pense par ailleurs que ce rapport du virtuel au réel est un filon à exploiter en art contemporain, mais d’un angle beaucoup moins dramatique.

SOURCE:

via Dany Paquin via Gina Desjardins

MAJ

Voici les commentaires de l’auteur du jeu, virtuaman, dont l’avatar à saveur sataniquedeviendra peut-être légendaire :

When I began creating this game I really had no idea that it would offend so many in such a way, as it was not my intentions. I figured a small group of people would actually be angry over this, it turns out that I was very wrong.

This event has obviously made a huge impact in our society for so many, yet so many others told me they never even knew this shooting existed before they played this game. It brought to their attention that school shootings do happen EVERYWHERE. For a long time it was a common misconception that school shootings were an « American problem. » This is not the case anymore. Now we are all at risk of being involved in one of these situations, we should all feel as a community that we do need to be educated about these things, we need to bring attention to them, and my game has brought a lot of attention.

I do not expect my game to teach cops how to take down a shooter, or teach civilians how to spot someone that is homicidal and suicidal. I do however think the game does expose you to Gill’s state of mind and some of his thoughts and feelings he had before the attack. It was not done to glorify Gill as a shooter, it was done to try and better understand these shooters, more for myself than anyone else.

Releasing the game online I was not expecting it to cause any sort of uproar or controversy because the other games had come out and I figured to world had « got over » that fear of something new that crosses the line in this manner. I was not keeping in mind that Canada had not had a game made about one of its massacres yet. The game has, however, caused many people to become « hurt » and angered over this game, which was not it’s intention and I do apologize deeply for it having affected you so strongly.

What was going through Gill’s mind? Why did he do what he did? How did he plan for this incident? what if his parents caught him? What was it like? What did it look like? What did it sound like?…I tried to answer all of these questions and the only way I could think of experiencing them was through a game. So I made it, I thought it was ok and I didn’t feel personally offended so I released it.

In the end I can see that Montreal is most angry with this games existence and at me for creating it. For that I can only say, it is only a game, it was not created with the purpose of offending anyone specifically, it was not created to make money(I never received and never will receive money for this game.), it was created to bring attention to the reality of school shootings, it was created to explore an area that is unexplored, it was created to teach others that this is what happens in a school shooting. Why? Because damn near all of you are in a college or high school and you should be educated about such things.

I remember statements from the 2006 incident saying how students « Watched as Gill unloaded guns from his trunk in plain view. » They stated how they thought it was « a joke » or something for a « school project »…….A trench coat wearing gunman unloading guns from his car at your school isn’t a JOKE or a SCHOOL PROJECT, he is what this game demonstrates, hes a man who went down a path that lead him to your school to fire without targets at random, brutal, quick, deadly, heartless, and with only the intent to harm as many people as he can before he dies. I hope the game shows this is true.

In 2007 a teacher went to try and « talk » another school shooter out of what he was doing, the shooter shot her dead heartlessly, he is just out on a kill spree to get as many kills as he can before the end. There is no convincing them to stop, to drop their weapons, to surrender, to not pull that trigger.

I think there are things to be learned in this game, although it does offend people.

I am sorry for any pain the game has caused, but I do not think this game will be removed from the internet.

Take Care.
-Virtuaman

PS-I originally wrote: « Have fun! » at the end of my statement,it was relating to columbine. I guess I should have figured nobody would understand

A propos de la braderie de Lille…

24 sept

Article d’Axel Evigiran

(édition princeps ici)

Dimanche ensoleillé ; paisible tandis que la frénésie accapare bien des esprits. Incessant va-et-vient de la foule innombrable, au loin sur l’autoroute. Tant la braderie de Lille attire de désœuvrés… On se rue sus à l’événement sans trop savoir pourquoi ; par habitude, par nécessité de s’affairer. Il m’est arrivé, plus jeune, de céder aussi, plus qu’à mon compte, à l’injonction impérieuse de ce bougisme pathologique ; encore que je trouvais là quelques motifs bien déterminés qui pouvaient faire illusion. Mais ces intérêts évaporés, après une ou deux tentatives où je n’éprouvais plus que lassitude un peu triste, un sentiment d’absurde tenace, je suspendis le rituel adoré jadis. Cependant, je doute fort que la plupart de ces millions de gens, rassemblés en grappes immenses et poussés sans discontinuer dans les rues par de nouveaux contingents de badauds frénétiques déversés par les bouches du métro, aient encore de bonnes raisons de souscrire toujours à cette messe gargantuesque ; sauf à justifier de la sorte un sentiment d’intense vacuité.

Ce que je ne savais pas, c’est que l’origine de cette braderie de Lille était à chercher au moyen âge. Et si, par manque de documents on ne peut pas véritablement en dire beaucoup plus, sauf à broder, il est au moins attesté que cette manifestation se transforme peu à peu “ en vide-grenier au début du XVIe siècle, lorsque les domestiques obtinrent le droit de vendre les objets usagés de leurs patrons entre le coucher et le lever du soleil “(1). Depuis lors, les temps ont bien changés, et entre les camelots itinérants professionnels, les enseignes de grande distribution qui trouvent là prétexte à ouverture dominicale et autres patentés vendeurs de babioles produites industriellement, bien hardi ceux parviennent encore aujourd’hui à dégotter l’objet rare sorti tout droit du grenier de grand-mère. Après, on peut bien déplorer, comme ce chroniqueur en 1873, “ que l’esprit braderie est en train de disparaître “. Mais encore eut-il fallut qu’on définisse et fixe cet esprit ; entreprise vaine s’il en est.

Ce qu’arbitrairement je retiens quant à moi, c’est ce tableau de Watteau, achevé en 1800, avec Lille représenté beau comme Venise. Méfions-nous ainsi des représentations idéales. Et pour les amateurs d’histoire et de chiffres, je renvoie à la source cité en note de bas de page.

Watteau---Braderie-de-Lille.jpg

Enfin, face à ceux, et ils sont légion, qui la larme à l’œil invoqueront toujours la mémoire d’un événement populaire, une belle tradition à préserver, où la convivialité embrasse la bonne humeur sur la bouche – à croire qu’ils n’ont jamais croisé ces viandes avinées roulant dans les caniveaux sur les débris des bouteilles qu’ils ont fracassés, il se trouvera toujours quelques grincheux dans mon genre pour casser l’ambiance ; d’invétérés fâcheux, donneur de leçon et soupçonnés de misanthropie. Que les thuriféraires de la foire aux moules se rassurent, la “ tradition ”, surtout si elle fait de l’argent, gagne toujours. Et à l’instar de ces défenseurs à courte vue du Paris – Dakar, se presseront ici cohorte de doctes analystes pour démontrer que l’affluence et le regain d’intérêt pour ce qui n’est plus qu’un un monstrueux supermarché à ciel ouvert, transformant chaque année le cœur de Lille en grosse poubelle, est la conséquence directe de la dénonciation radicale de la société de consommation.

Permettez-moi juste d’en rire avant de m’en retourner à mon jardin, où, dans l’alentour du soleil, haut dans le ciel, une buse cherche – et trouve – des courants ascendants tandis que des bandes d’hirondelles de cheminées tournoient en piaillant, fébriles au dessus de mon toit. Ca sent le départ pour la grande migration…. Et oui, aujourd’hui je ne sacrifie pas au salariat, puisque la seule retombée directe pour moi de cette orgie lilloise, c’est que le lundi suivant la braderie m’est un jour férié. Un avantage acquis comme on dit… Ah ces vertu de la tradition !

RueFaidherbe - Braderie de Lille 2005 (cliquer sur l'image pour la source)


(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Braderie_de_Lille

Nationalisme et régionalisme en Europe – des réponses inappropriées aux conséquences de la crise de 2008

20 sept

Article de Renaud Mercier

Nous vivons décidément une période curieuse. A la faveur de la crise économique de 2008, tout ce que nous pensions certain, arrêté, stable, devient susceptible d’être remis en question. Le pacte de stabilité devait assurer la pérennité de l’euro, mais les mois écoulés ont contraint les grands argentiers à des opérations exceptionnelles pour éviter le naufrage de la Grèce et, partant, la survie de la devise européenne. Le Japon, en proie à un inextricable enlisement économique, vient de faire voler en éclats la discipline selon laquelle seules les actions concertées des banques centrales pouvaient se concevoir pour ajuster le cours des monnaies. L’Islande, naguère considérée comme un des pays les plus riches par habitant, dérive vers l’inconnu, jouant la montre et ignorant si elle devra, voire consentira à payer aux Néerlandais et aux Anglais les dettes colossales héritées du contentieux Icesave. La pauvreté croît aux Etats-Unis… Quant à la Suède, elle vient d’enregistrer une percée inquiétante de l’extrême-droite (ici). N’en jetez plus! Le monde peine à panser ses blessures, et supplie Pékin d’apprécier le cours du yuan…

A la perte de confiance dans l’économie succède désormais une défiance envers les fondements de nos cultures. Ainsi, la France, patrie des Droits de l’Homme, par la volonté de son Président, Nicolas Sarkozy, donne décidément l’impression de verser dans un populisme nauséabond en renvoyant dans leurs pays d’origine des Roms dont Bruxelles craint qu’ils aient fait l’objet de mesures ciblées et, par conséquent, discriminatoires. Les échanges verbaux deviennent rudes entre Bruxelles et Paris. Parallèlement, même les sociétés considérées comme les plus paisibles et consensuelles nous inviteraient à croire que le monde d’après 2008 ne ressemblera plus à celui rêvé par les pères fondateurs de l’Europe.

Un premier exemple, tiré d’un des membres de l’Espace Economique Européen, l’Islande en l’occurrence, éclairera notre propos. En effet, un dossier récent y a attiré notre attention. Il s’agit du cas inquiétant d’une famille islandaise d’origine cubaine. Le fils, ayant une relation avec une jeune femme, islandaise de souche, a été contraint de quitter le pays avec son père sous la surveillance de la police suite à des menaces racistes proférées à leur encontre (ici). Le plus choquant dans le cas présent réside peut-être dans la réponse institutionnelle donnée à cet exemple de racisme: ces Islandais naturalisés ne peuvent bénéficier d’une protection idoine dans leur propre pays (l’Islande), et sont donc contraints de chercher le salut ailleurs. A en croire Grapevine (ici), ce ne serait d’ailleurs pas la première fois que des gens se verraient obligés de quitter le pays à cause de manifestations racistes. Et dans ces mêmes colonnes, nous avons souvent eu l’occasion d’analyser la montée de la xénophobie en terre viking.

Plus près de nous, le vote tout récent de l’interdiction de port du voile intégral par le parlement français (ici) tombe au plus mal alors que la France peine à se justifier dans le cadre de son traitement des dossiers concernant les reconduites de Roms. En l’occurrence, il semble bien, une fois de plus, qu’une telle loi stigmatise non des cas isolés de personnes qui se soustrairaient à une identification aisée par les forces de l’ordre, mais bien une frange de la communauté musulmane. A tel enseigne, nous étudiions récemment le cas belge dans un article auquel nous renvoyons nos lecteurs.

Quant aux Pays-Bas, on vient d’y déplorer le centième jour sans gouvernement. Le populisme semble avoir raison de l’idéal de consensus du Royaume Batave. Et la Belgique ne va guère mieux. La N-VA (séparatiste) de Bart De Wever, lequel faisait campagne pour une réforme radicale de l’Etat Belge et des transferts massifs de compétences vers les Régions visant à consacrer toujours plus d’autonomie de la Flandre, bloque, dit-on du côté francophone, les chances d’arriver à la mise sur pied d’un gouvernement. Le cas échéant, nous assisterions à un terrible déni de démocratie. Car, si l’on analyse la situation belge avec froideur et si l’on prend un peu de recul en revenant aux fondamentaux, force est d’admettre que la N-VA fait de l’obstruction. Traditionnellement, un parti ou une coalition de partis doit rassembler suffisamment de voix pour faire aboutir une loi, une réforme ou une révision constitutionnelle. En l’absence de majorité, lesdits projets n’ont pas de raison de passer. Or en refusant de trouver un moyen terme avec ses partenaires pour former un gouvernement, et en arguant qu’il a été élu sur un programme précis, Bart De Wever semble oublier que les autres partis n’ont pas moins la légitimité des urnes que lui-même. Vouloir imposer ses vues en paralysant la formation d’un gouvernement et cherchant à dicter, par là, une réforme pour laquelle les électeurs des autres partis en présence n’ont manifestement pas voté, pourrait passer pour du mépris envers les institutions, et aurait pu, jadis, être interprété comme une trahison. Et, somme toute, si un jour, la Belgique doit être morcelée, une telle scission ne pourra se faire dans de bonnes conditions que si les partis parviennent à rassembler suffisamment de voix pour leur donner une légitimité…

Comme on le voit, la crise continue à produire ses effets délétères! Tantôt le repli nationaliste apparaît comme une solution commode par laquelle on rejette l’autre comme auteur de ses maux (le président islandais taxait naguère l’Union Européenne de club); la France campe sur des positions qui narguent l’Union Européenne alors qu’elle se faisait il y a peu le fer de lance d’une intégration toujours plus poussée. Ailleurs, les pays eux-mêmes ne semblent plus constituer de rempart solide contre les angoisses du temps: la Flandre apparaît pour certains Flamands comme un havre plus propice à leur identité que la maison Belgique… Quant aux Pays-Bas que l’on croyait sortis indemnes de la crise économique, traverseraient-ils une crise plus redoutable encore avec l’émergence du populisme?

Pirates de Somalie : une opposition au système économique actuel?

16 sept

Article de Grégory Henique

(édition princeps ici)

    Introduction au sujet

Les pirates, ces bandits des mers dont l’âge d’or a été le 18ème siècle, me fascinent. Pourquoi ? Tout simplement pour la petite part d’enfance qui réside en chacun de nous. Cette part en moi du petit garçon s’affublant d’un bandeau autour d’un oeil, d’un tissu pour coiffer ses cheveux, et se saisissant d’un sabre en plastique. Jouer les méchants ne m’a jamais dérangé ; au contraire.

– Cet article était consacré à la présentation d’un livre qui m’a beaucoup plu sur le sujet (Marcus Rediker).

– Aujourd’hui, un peu par hasard, je tombe sur une magnifique carte issue du site du Monde Diplomatique présentant une vue claire de la piraterie d’aujourd’hui que l’on retrouve en Somalie sur la côte est africaine. Cette carte mérite quelques commentaires, surtout quand on sait qu’en 2009, les pirates ont détourné une quarantaine de navires dans l’océan Indien et le golfe d’Aden, prenant en otages un demi-milliers de marins (sources de l’ONU).

Cliquer pour une vue en gros plan de cette carte

    Famine

Comme à l’époque de l’âge d’or de la piraterie, entre 1716 et 1726, on retrouve la famine comme caractéristique poussant les gens à se mutiner et à s’enrôler dans la piraterie (cf. les zones orange sur la carte).

– Au 18ème siècle, les marins enrôlés sur les navires marchands ou, encore pire, sur les navires militaires, vivaient dans des conditions épouvantables de famine et de d’épreuves physiques ; souvent il n’y avait pas assez de nourriture à bord et les efforts physiques nécessaires à la bonne tenue des bateaux étaient considérables.  Les marins n’étaient pas cher payés pour un travail qui mettait leur vie en péril : plus d’un mourrait sous le coup d’attaques ennemies, d’attaques de pirates, ou des caprices de l’océan.

– En  Somalie, aujourd’hui, les gens meurent de faim.  A proximité de leurs côtes, des navires occidentaux bourrés d’objets de valeur passent afin de faire des plus-values monstrueuses en revendant en Occident des produits issus de l’Orient. Que font-ils ? Ils se battent pour obtenir une part du gâteau. Ils se battent aussi contre la mondialisation qui autorise les riches à se faire encore plus d’argent sur le dos des pauvres. Ils se battent enfin pour une nouvelle redistribution des richesses (décalage entre le Nord et le Sud).

    Instabilité politique

On constate que les territoires du nord de la Somalie fonctionnent peu ou prou de manière autonome. Là encore des conditions de vie insupportables entraînent la révolte des populations, comme quoi tous les gouvernements du monde devraient prendre soin de ceux qu’ils gouvernent au risque de créer toute une piraterie au sein de leur pays.

    Une mode qui dure

Les tentatives d’attaques de navires sont très nombreuses, plus que ce que nous disent les médias.  La piraterie n’est pas, comme on a pu l’entendre, un acte de délinquance isolé, mais bien une nouvelle manière de gagner sa vie pour toute une frange de la population prête à risquer sa vie.

    Anti-américanisme

La présence d’attentats anti-américains et les conflits apparaissant le long de ces côtes laissent penser à une rébellion contre le monde en place et son système commercial inégal.  Il ne s’agit plus alors d’une simple bataille pour la nourriture, mais bien d’une révolte pour changer la politique mondiale.

– Vous voulez des preuves ? Depuis que la Somalie n’a plus d’Etat ni de force armée (1991 : début de la guerre civile), les pays étrangers viennent piller ses ressources ; les occidentaux et les chinois volent le poisson dans ses mers, ce qui incite de nombreux pêcheurs somaliens à rejoindre la piraterie.

    Les nouveaux Robin des Bois ?

Des millions d’euros ont été versés aux pirates ces dernières années suite à leurs prises d’otage. Les pirates mettent cet argent en commun ou s’en servent pour refaire vivre la Somalie : financer l’hôpital et les écoles publiques à Harardhere par exemple. Une bourse a été créée dans cette commune (cf. cet article) pour mieux gérer et faire fructifier l’argent des rançons. Les grands navires étrangers, transportant du pétrole, rapportent de grosses sommes d’argent. Cette somme attire beaucoup d’investisseurs et la piraterie, faisant vivre la population locale, devenant auto-financée, devient l’une des oppositions les plus puissantes au système économique actuel.

    Conclusion

Le pirate n’a jamais été un bandit comme les autres ; c’est bien pour cela qu’il reste gravé dans notre imaginaire. Je pense que l’on devrait donner davantage de place, dans notre petite actualité, à ce qui se passe autour de nous.

Internet : une E-démocratie fragile et menacée

8 sept

Un article d’Alain Bertrand

(exclusivité Minerve)

  • Internet et les réseaux sociaux

– Internet est un réseau international permettant une communication sans précédent entre les hommes. Récemment, de nombreux “réseaux sociaux” (Twitter, Facebook, Reddit, etc.) ont pris une telle ampleur que ce lien entre les internautes devient instantané et beaucoup plus puissant qu’auparavant : une fois que votre réputation sur ces réseaux sociaux est installée et que de nombreux gens suivent votre actualité en ligne, vous pouvez faire parvenir des vidéos, des sons, des liens, des articles, des messages instantannément à des centaines et parfois des milliers d’individus en même temps. Vous concurrencez ainsi les anciens modes de diffusion (journaux papier, essais, télévision) avec une influence démultipliée puisque le nombre d’informations que vous pouvez mettre en ligne n’est pas limité et n’est pas contrôlé non plus.

  • Une E-démocratie ?

– De son côté, le terme de “démocratie” désigne un régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui-même, soit tout seul (une utopie ?) soit par le biais de représentants (nos députés par exemple). Le rapprochement est vite fait : En l’état actuel des choses, internet n’est pas contrôlé et les seuls “représentants” qu’on pourrait trouver sont des blogueurs ayant une telle autorité qu’ils deviennent des icônes pouvant parler au nom de nombreux autres.

– Cela peut changer ; en étant un peu pessimiste, on peut imaginer un monde futur dans lequel une poignée de puissants inventent des logiciels pirates ou sophistiqués permettant d’attirer l’ensemble des internautes sur des sites contrôlés politiquement. Mais, encore une fois, aujourd’hui ce n’est pas le cas.

  • L’enjeu de cette question

– La faille de cette petite démonstration est la suivante : jusqu’à preuve du contraire, internet n’est pas un régime politique. Ce n’est donc pas une démocratie. Par contre, les internautes étant des gens qui ont la faculté d’aller voter dans la vie réelle (eh oui, être geek n’empêche pas d’être en plus un citoyen), ils peuvent communiquer de manière beaucoup plus efficace qu’auparavant et se concerter afin d’interagir avec le système politique en place dans leur pays.

– Dans un passé récent, plusieurs conséquences politiques ont eu pour origine des “buzzs” (bruits) diffusés sur la toile : en Grande-Bretagne la démission de Damian McBride, des révélations sur la santé de Gordon Brown, ou en France le retrait de Jean Sarkosy à la candidature pour la tête de l’Etablissement public de la Défense (EPAD). Ces évènements prouvent l’influence de la toile, des blogueurs, des twittos, sur la vie réelle et sur les régimes politiques. Mais ils attirent également les foudres des politiques qui en sont la cible.

  • Les régimes politiques : ennemis du Net ?

– Le risque est que les régimes politiques, passés sous le scalpel de la Toile, considèrent définitivement Internet comme un ennemi qu’il faut anéantir ou “pourrir” de l’intérieur. A écouter certains hommes politiques, Internet serait une voix plus difficile à combattre ou à corrompre que les médias traditionnels :

– Suite à l’affaire Brice Hortefeux (une vidéo prise par des journalistes TV, montrant un dérapage du ministre de l’intérieur, n’a pas été diffusée initialement sur les antennes mais elle l’a été sur le site internet du quotidien français Le Monde, ce qui a fait éclater l’affaire), le président du groupe UMP Jean-François Coppé a par exemple affirmé la “nécessité d’un débat sur le rôle qu’on doit laisser à Internet dans la diffusion de telles vidéos”.

– Le fait qu’Internet ne soit pas contrôlé gêne de plus en plus les hommes politiques.

Au Pays-Bas, les blogueurs et propriétaires de réseaux sociaux vont être taxés de 130 euros d’impôt annuel s’ils diffusent 6 vidéos et musiques sur leur site.

– Il faut avoir conscience que le politique a lui aussi des armes s’il veut s’attaquer à Internet. Ce n’est pas nouveau : les régimes sont tentés de faire taire les voix qui s’élèvent contre eux (TV, radio, papier, médias numériques, population), que ce soit par la corruption ou la force. Ils trouvent en face une force inverse constituée par les gens qu’ils représentent et leur envie de liberté d’expression.

Leur envie de liberté d’expression. Tel est le sujet de cet article. Jusqu’où va, en France et ailleurs, l’envie de liberté d’expression du peuple ? Ce dernier est-il prêt à défendre ce trésor acquis laborieusement au fil des siècles ?

  • Ne pas se sentir intouchable

– Ce n’est pas parce que nous avons un droit que nous continuerons éternellement à en bénéficier. Ce n’est pas parce que nous bénéficions d’une liberté qu’il faut nous sentir intouchable. Comme pour la démocratie, il faut constamment se battre pour qu’elle continue d’exister. Où ai-je lu ce livre ou cette citation disant qu’à partir du moment où il n’y a plus de dispute, plus de bagarre, plus de combat pour la liberté, c’est qu’il n’y a plus de liberté du tout. Le fait qu’il y ait des gens exprimant d’autres avis que les nôtres reste sain. L’inverse c’est la dictature.

– Un reportage récent réalisé par le Télévision Suisse Romande, qu’on peut juger un peu rapide et partial, montre bien que le sujet est pris à coeur.

  • Les dangers qui menacent la liberté numérique

– Vous voulez un exemple de danger qui menace la liberté numérique ? Certains lobbies, et en particulier de gros opérateurs américains, soumettent l’idée aux politiques d’un nouveau modèle économique qui permettrait aux internautes d’accéder à la Toile mais uniquement sous certaines conditions.

– Bien sûr cela rapporterait de l’argent à ces lobbies et cela permettrait d’opérer un filtrage pour les politiques. C’est donc du tout bénef. Sauf pour l’internaute.

– Fini l’accès illimité au Web. On peut imaginer qu’en fonction du forfait que vous versez tous les mois à votre opérateur, vous aurez accès à tels sites ou à tel “package” de sites. Plus vous payez plus vous avez accès à un large panel d’adresses.

– Ainsi, les puissants pourraient demander aux moteurs de recherche de payer des impôts astronomiques pour avoir accès à l’ensemble du Web à un niveau mondial.

– En plus nos opérateurs téléphoniques contrôleront le contenu auquel nous aurons accès : ils sauront donc ce qu’on lit, ce qu’on télécharge, ce qu’on pense, et pourront tranquillement nous ficher.

– Enfin, ceux qui sont déjà riches pourront être encore plus riches en ayant accès à l’ensemble du Web. Les plus pauvres, eux, seront restreints à quelques sites et n’auront qu’une influence bien limitée. Impeccable, ça. Tout le monde s’y retrouve.

– Enfin, quand je dis “tout le monde”, je veux dire l’élite. Bien sûr.

150 raisons supplémentaires de jeter sa télé le plus vite possible !

7 sept

Critique littéraire de Nicolas Jacoup

Exclusivité Minerve

Sébastien Bohler est polytechnicien et docteur en neurobiologie. Dans son live intitulé “150 petites expériences de psychologie des médias” (Dunod 2008) , il nous démontre comment les médias nous manipulent et il nous invite à prendre une distance salvatrice avec leur omniprésence et leur influence désastreuse sur notre quotidien, notre libre arbitre et notre faculté de jugement.

Sébastien Bohler est avant tout un scientifique, son livre est émaillé de très nombreux exemples d’expériences réalisées dans les département de psychologie de plusieurs facultés (essentiellement aux Etats-Unis).

Chaque expérience est accompagnée d’une bibliographie universitaire. Bohler nous livre donc un passionnant ouvrage de vulgarisation scientifique dont il est difficile d’interrompre la lecture et qui fait souvent froid dans le dos.

L’auteur pose les bonnes questions sur notre comportement et notre relation avec la télévision (Pourquoi zappons nous en permanence devant notre télévision ? Pourquoi lisons nous la presse people ? Pourquoi croit-on les informations reprises en boucle dans les journaux télévisés ? Pourquoi n’arrivez-vous pas à éteindre la télévision?…)

Il part d’un constat très simple “Aujourd’hui, un français passe en moyenne trois heures par jour devant sa télévision. Il entend la radio murmurer en permanence pendant son petit déjeuner ou à sa pause de midi, ouvre le journal du soir en se posant dans le fauteuil du salon, lorsqu’il ne surfe pas sur internet. En un mot, nous sommes gavés d’informations.” (page 4)

Le scientifique démontre comment les médias nous manipulent et comment les caméras nous imposent leur angle et leur vision du monde. Il attire notre attention également sur la rapidité du flot d’informations qui nous parvient et ses conséquences sur notre cerveau et arrive à la conclusion que “les médias surchargent notre cerveau d’informations, si bien que nous ne pouvons plus la remettre en question” (page 5)

Ces constats l’amènent naturellement à s’interroger sur notre dépendance vis à vis des médias.

La psychologie moderne énonce des concepts éloquents comme celui de l’heuristique de disponibilité (page 10), le syndrome du grand méchant monde (page 15), les coûts d’opportunité (page 18), le phénomème du mort kilométrique (page 38), … Sébastien Bolher parvient à utiliser ces concepts dans des conclusions qui éclairent le lecteur sur le risque de tomber dans les pièges de la télévision.

L’ouvrage de Sébastien Bohler est passionnant car il décortique notre psyché en rassemblant des recherches en psychologie et anthropologie. Il parvient par exemple à expliquer nos réactions humaines irrationnellles telles que notre irrésistible inclinaison à jouer au Loto, alors que toutes les statistiques démontrent que la chance de gagner est infime. En outre, l’anthropologie lui permet par exemple d’expliquer pourquoi l’être humain est souvent irrésistiblement voyeur lorsqu’il assiste à une scène cruelle :

Selon l’anthropologue Victor Nell de l’Université de Pretoria en Afrique du Sud, ce n’est pas un hasard si nous sommes cablés cérébralement pour ressentir du plaisir devant la douleur des êtres vivants . D’après lui, nos ancêtres chasseurs auraient bénéficié d’un tel système cérébral car tout acte de chasse suppose de faire souffrir une bête et d’assister au spectacle de son agonie: dès lors, un chasseur ayant un cerveau qui “aime voir le sang” aurait été avantagé car il serait reparti plus volontiers à la chasse que ses collègues. Il aurait mieux survécu, et nous aurait transmis ses gènes et ses caractéristiques cérébrales” (page 46)

Toutes ces conclusions conduisent ensuite l’auteur à interroger, encore une fois de manière brillante et excellemment bien documentée, les rapports des médias et de la politique ( Pourquoi un président omniprésent à la télévision, à la radio et dans les journaux bénéficie-t-il provisoirement d’une bonne popularité ? Pourquoi certaines personnalités grimpent-elles dans les sondages sans avoir rien fait de spécial ? Pourquoi ne savez-vous plus pour qui vous allez voter quand vous avez vu des hommes politiques dans des émissions de divertissement ?…)

Les conclusions de l’auteur ne sont pas véritablement des scoops mais ont le mérite d’être étayées par le récit d’expériences concrètes et sérieuses menées par des universitaires reconnus (on savait bien, par exemple, avant de lire le livre que la victoire électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 s’expliquait par sa sur-exposition médiatique, Sébastien Bohler en apporte la preuve scientifique)

Le scientifique met souvent en lumière l’instinct grégaire de l’homme et les pressions sociales qui s’exercent sans cesse sur lui et le poussent à suivre la masse pour le plus grand bonheur des politiques et des commerçants. Ses conclusions nous invitent, d’ailleurs, à faire preuve de la plus grande méfiance à l’égard des sondages qui mettent en action des phénomènes d’imitation collective plus qu’une vraie réflexion de la part des sondés.

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